À lire ! #16 | Bikepunk
Une dystopie où le vélo ouvre la voie de l'espoir
Toutes les belles histoires de livres ne commencent pas sous les meilleurs auspices. La commande de ce roman, dont j’avais entendu parler au détour d’un échange sur la plateforme Mastodon, s’est révélée quelque peu chaotique. Mais c’est aussi cela, le charme des maisons d’édition indépendantes : elles n’ont pas les moyens logistiques des géants du secteur, mais elles publient parfois des ouvrages que l’on n’aurait jamais découverts autrement. Alors, on ravale ses émotions, et on soutient le commerce indépendant !
Car Bikepunk est une belle réussite littéraire.
Mais avant de vous parler du roman, je dois d’abord évoquer l’objet. Imprimé dans un format assez rare (14,8 × 21 cm), il attire immédiatement le regard. Sa magnifique couverture aux teintes noires et grises, illustrée par Bruno Leyval, en fait un ouvrage immédiatement reconnaissable. Si j’étais influenceur sur Instagram ou TikTok, j’en aurais sans doute fait une vidéo d’unboxing tendance. Mais ici, on joue avec les mots ; vous devrez donc vous contenter de me croire sur parole !
Venons-en maintenant au plus important.
J’ai déjà eu l’occasion de vous dire que je ne suis pas un grand consommateur de science-fiction, même si quelques chefs-d’œuvre sont tombés entre mes mains ces dernières années. J’ai longtemps considéré ce genre comme un territoire qui n’était pas vraiment le mien, lui préférant les grands classiques et les romans plus ancrés dans le réel.
Pourtant, je dois bien reconnaître que je me suis laissé emporter par ce récit haletant et cet univers singulier.
Au commencement, un mystérieux flash lumineux s’est abattu sur la planète, rendant tous les adultes aveugles et l’électricité inutilisable. Désormais organisés en villages épars et déconnectés, les humains survivent comme ils peuvent dans un monde devenu hostile, tout en apprenant à vivre avec leur cécité nouvelle.
Certains jeunes gens, considérés comme des marginaux, ont fait le choix de pédaler. Car dans cette société post-apocalyptique, le vélo est perçu comme un vestige de l’ancien monde et souffre de la plus mauvaise réputation qui soit. Gaïa, adolescente née après le Flash, se lie d’amitié avec Thy, un homme d’une soixantaine d’années qui vit en ermite et - pour des raisons développées plus tard - a conservé la vue. Ce dernier est partagé entre sa passion de la bicyclette, son amour des livres et sa soif de transmettre le savoir.
Après que Gaïa a été victime d’une agression dans son village, tous deux prennent la route. Le roman raconte alors leurs aventures dans un univers dystopique inquiétant mais jamais totalement privé d’espoir. Au fil de leurs rencontres et de leurs découvertes, ils traversent des communautés aux modes de vie variés, autant de prétextes pour interroger notre rapport à la technologie, au progrès et à l’organisation de nos sociétés.
L’univers imaginé par Ploum fonctionne remarquablement bien. Et puis, il y a ces “extraits des chroniques du flash” qui viennent régulièrement entrecouper le récit. Ces courts textes proposent des réflexions souvent pertinentes sur notre époque, observée depuis ce futur étrange né de la catastrophe. Une idée simple, mais particulièrement efficace.
Le tout est écrit dans une langue claire, précise et assez riche. L’auteur belge - passionné de logiciels libres et enseignant de son état - démontre qu’il est possible d’allier accessibilité et qualité d’écriture. Le roman se dévore d’ailleurs à grande vitesse. Peut-être parce qu’il est relativement court. Ou bien plus simplement parce qu’il est difficile de le reposer une fois commencé !
Pour l’anecdote, l’ouvrage a été entièrement rédigé sur une machine à écrire Hermes Baby. On découvre ce détail - et bien d’autres - dans les quelques pages ajoutées à la fin du livre, dans lesquelles Ploum raconte la genèse de son roman. Une lecture presque aussi réjouissante que le récit lui-même. On y apprend notamment que notre écrivain est lui aussi amateur de bikepacking, détail qui éclaire d’un jour nouveau l’importance accordée au voyage à vélo dans son œuvre.
Bref, un moment de lecture des plus agréables malgré la noirceur apparente de cette dystopie. Car au fond, Bikepunk est un roman habité par l’espoir. Derrière ces avertissements sur notre dépendance technologique se cache une confiance profonde dans la capacité des êtres humains à s’adapter, à coopérer et à reconstruire.
Une dystopie traversée d’une confiance étonnante dans l’humanité.
C’est réussi, et à lire !



